La semaine dernière, la ministre du Tourisme, par la voie des médias, a su donner de l’espoir dans le brouillard que traverse l’industrie : « il y aura un été touristique au Québec » en 2020.[1]

En attendant le dévoilement par le gouvernement des autres jalons fondamentaux du « quoi, où et quand », cette lumière au bout du tunnel commande encore un peu de patience tant pour la population qui souhaite réserver des vacances que pour les entrepreneurs touristiques qui souhaitent se préparer à les accueillir.

La saison touristique estivale sera définitivement différente des précédentes. Il est acquis que les entreprises devront offrir leurs services en respectant le principe de la distanciation sociale et en mettant en place un plan d’adaptation et de sécurité sanitaire. Le canevas des déplacements entre les régions sera potentiellement différent pour une période de temps.

Tout cela appellera aux grandes capacités d’adaptation des entrepreneurs qui sont créatifs comme ils l’ont si bien démontré ces dernières années. Collectivement, nous devrons relever 7 défis que nous souhaitons porter à l’attention de tous afin de nous y préparer.

 

1. DÉFI CITOYEN DU RESPECT DES RÈGLES

En phase avec les annonces du gouvernement, dont la réouverture des écoles et de certaines régions, le déconfinement de la société et la reprise économique doivent se faire progressivement. Nous comparons cela au redémarrage en séquence d’une série de moteurs d’une chaine de production, un à la fois, en évitant de tout faire dérailler.

Soyons clairs et surtout conscients. Comme citoyen, nous aurons tous le défi de continuer à respecter les règles et les principes établis par la Santé publique. Nous en portons tous individuellement la simple et aussi lourde responsabilité afin de participer collectivement au redémarrage.

Nous devons tous relever ce défi, et ce, à chaque étape de déconfinement, autrement : « retour au confinement ». Imaginez les conséquences sur le moral de chacun d’entre nous et aussi sur l’économie.

 

2. DÉFI DE L’ACCUEIL RÉGIONAL POUR SAISIR LES OPPORTUNITÉS DU VOYAGE LOCAL

Le MTO estime que la balance touristique du Québec est déficitaire de 4,5 G$ (2017). Concrètement, les Québécois dépensent plus de 8,1 G$ (2017)  hors du Québec, contre les 4 G$ que les visiteurs internationaux dépensent ici (5,9 G$ si l’on considère tous les touristes hors Québec).[2] Cela « indique que les citoyens voyagent beaucoup à l’étranger et révèle un certain dynamisme économique ».

Au sortir progressif de cette crise, nous prévoyons tous que le voyage sera plus local et qu’un réflexe de « voyager ici » s’installera pour une période plus ou moins à court et moyen terme. En plus de l’opportunité de récupérer en partie cette valeur de 8,1 G$, et ce, selon le revenu disponible de la population, ce réflexe présente aussi les opportunités suivantes :

  • Excursion et tourisme local (redécouvrir sa propre région) permettra de se doter à long terme d’ambassadeurs de premier plan pour chacune des régions.
  • Tourisme interrégional ou intra-Québec (découvrir ou redécouvrir une ou d’autres régions accessibles) permettra de présenter le Québec sous un nouvel angle à la population.

Comme nous avons pu le constater la semaine dernière dans les médias, le défi de l‘état d’esprit des populations locales à l’égard du fait d’accueillir à nouveau des touristes sera variable d’une région à l’autre. Dans le contexte, c’est compréhensible.

Notre accueil chaleureux a fait la renommée mondiale du Québec et cela passe aussi par les populations des villes et des villages.  Sur ce point, il faudra se faire rassurant et rappeler que :

  • plusieurs commerces de proximité peuvent être ouverts à l’année dans certaines régions parce qu’ils bénéficient de dépenses faites par les touristes.
  • les entreprises touristiques sont une source d’emplois dans la région, ça met du pain et du beurre sur la table!
  • les entreprises touristiques payent des taxes localement et contribuent à la vitalité des économies locales et régionales.
  • il faut faire confiance en notre capacité à respecter les règles.

 

3. DÉFI DE LA VALORISATION DE L’OFFRE TOURISTIQUE QUÉBÉCOISE

Les Québécois voyagent beaucoup certes, mais nous avons encore été surpris la semaine dernière de nous faire dire « qu’au Québec, c’est cher! ». Cher par rapport à quoi, dites-nous?

Il est paradoxal que nous soyons prêts à aller dépenser notre budget voyages ou vacances partout dans le monde, mais quand vient le temps de voyager ici même au Québec, l’un des principaux facteurs de décisions en sol québécois demeure le prix à 74 %.[3]

Le #tourismebleu tout comme le #panierbleu a un prix, celui de la production locale. Cet élan qui favorisera l’achat et le voyage local devra aussi passer par une évolution de la perception des consommateurs à l’égard de la valeur des expériences et produits touristiques offerts au Québec. D’abord, en arrêtant de se vendre à rabais et ensuite en étant créatif pour bonifier l’expérience touristique.

Rappelons que: 

  • L’offre touristique du Québec est plus que diversifiée pour que chaque voyageur trouve le séjour qui lui convient en fonction de son budget.
  • La beauté du Québec est exceptionnelle – du Québec maritime au Grand nord québéois: on peut se retrouver au bout du monde en étant encore ici et y trouver l’exotisme que nous cherchons souvent ailleurs. Cela à un prix comme partout dans le monde.
  • La diversité des expériences accessibles dans toutes les régions et leurs destinations locales n’ont rien à envier aux autres destinations touristiques pour lesquelles nous sommes bien souvent tous prêts à délier les cordons de notre bourse.
  • L’offre des attraits commande des investissements importants de la part des entreprises pour être à la hauteur des attentes de voyageurs qui sont plus expérimentés parce qu’ils ont voyagé et qu’ils peuvent comparer. Cela aussi a une valeur.
  • La créativité de nos chefs et de nos producteurs locaux a de valeur dans la découverte du terroir et de la gastronomie locale. La gastronomie du Québec est un facteur déterminant dans le choix des voyageurs internationaux de venir chez nous.
  • La saisonnalité et la période où les entreprises peuvent générer des revenus présentent parfois des limites et cela n’enlève pourtant absolument rien à la qualité des prestations qu’ils proposent aux touristes d’ici et d’ailleurs.
  • Le tarif moyen d’hébergement peut varier du milieu urbain au milieu rural selon le type d’hébergement. Par exemple, le tarif moyen de l’hébergement en milieu urbain à Québec, Gatineau ou Montréal sont très avantageusement comparable à ceux de Toronto, Calgary, Vancouver et toutes les autres villes américaines ou européennes de renom.

Il faudra donc retrouver le sens de la valeur véritable de notre offre touristique.

Si nous redéfinissons notre relation au voyage, en redécouvrant le monde de possibilités du Québec au lieu de partir à la découverte du monde, il faudra être conscient et conscientiser la population.

Ce sera notre mission collective : vous, moi, chaque organisation qui compose notre secteur économique.

Qu’en pensez-vous?

 

Martin Soucy, MBA

Président-directeur général