On tend à oublier rapidement qu’avant la tempête qui a mis à l’arrêt le tourisme sur la planète, l’industrie touristique du Québec était prospère. « Nous avions le vent dans les voiles », comme plusieurs entrepreneurs et chefs d’entreprises me l’ont rappelé la semaine dernière.

DES ENTREPRISES RENTABLES QUI INVESTISSAIENT DANS L’ÉCONOMIE DU QUÉBEC

En effet, un contingent important d’entreprises touristiques, petites, moyennes et plus grandes, étaient rentables depuis plusieurs années. Ces entreprises portaient la croissance du tourisme au Québec et créaient des emplois tout en contribuant dignement à la croissance canadienne.

Depuis 2010, cet état de fait a permis des phases d’investissements importants, tant privés que publics, pour diversifier et enrichir l’expérience touristique. Cela a permis de consolider la capacité de la destination (locale, régionale et nationale) afin d’attirer des voyageurs d’ici et d’ailleurs.

Rappelons certains projets :

  • Rénovation et ajout d’hôtels et d’auberges ou de nouveaux types d’unités d’hébergement;
  • Ajout et agrandissement de spas et de centres de santé;
  • Amélioration des domaines skiables;
  • Diversification des activités de tourisme de nature et d’aventure;
  • Ajout d’offres d’excursions et de ports d’escales sur le fleuve;
  • Apparition de nouveaux festivals qui animent la destination et les localités;
  • Transformation des pourvoiries;
  • Réalisation de projets majeurs tels ceux de Tremblant et de la construction prochaine d’un Club Med dans Charlevoix, pour ne nommer que ceux-là.

Sans compter les investissements importants et soutenus du gouvernement dans les infrastructures publiques pour développer la capacité des régions à attirer des visiteurs, notamment par l’entremise du développement des parcs nationaux et des réserves fauniques, quartier Olympique ou encore des musées.

D’ailleurs, il y a seulement 5 semaines, nous nous réjouissions tous du discours sur le budget 2020-2021 qui présentait des leviers d’investissements historiques permettant la mise en œuvre d’une stratégie de croissance économique du tourisme sur l’horizon 2025.

Portée par notre ministre du Tourisme et son ministère, c’était un signe clair de la reconnaissance par le gouvernement de cette capacité fondamentale de notre secteur à contribuer encore plus à l’économie du Québec.

QUÉBEC INC. ET LES ENTREPRISES DES RÉGIONS

L’industrie touristique, c’est à la fois le Québec Inc. et celui des plus petits entrepreneurs, tant des régions que des grands centres. Leur sens des affaires et leur créativité, combinés à leur sens de l’accueil, ont permis de distinguer et de mettre en valeur le Québec.

C’est souvent même ce qui porte plusieurs de nos localités et de nos régions, car le tourisme a diversifié les économies tant régionales que celles de Montréal et de Québec.

Par leur « effet multiplicateur » dans l’économie, des régions et des sites touristiques organisés attirent des voyageurs qui consomment localement lors de leur passage dans les commerces de proximité, chez les producteurs locaux, les restaurateurs et nous en passons.

LES QUESTIONS QUE SE POSENT LES ENTREPRENEURS

Nous avons eu de nombreuses discussions la semaine dernière, tout comme nos collègues, avec tous les types d’entrepreneurs.

Les questions en résumé:

  • Combien de temps prendra le retour à une certaine normalité et quel est le calendrier prévisible pour nous y préparer?
  • Pour générer des revenus: comment et quel scénario est à envisager pour la prochaine saison touristique estivale ?
  • Sur le court, moyen et long terme, comment pourrais-je préserver mon entreprise sans tomber dans un cycle de surendettement?
  • Comment pourrais-je protéger les équipes qui permettent à mon entreprise de se distinguer?
  • Comment pourrais-je adapter mon modèle d’affaires et de services dans un contexte d’opération qui doit respecter la distanciation sociale et la sécurité sanitaire, qui deviendront la nouvelle norme?
  • Est-ce que les sites qui attirent des voyageurs seront ouverts pour supporter l’économie régionale?
  • Aurons-nous un plan de soutien spécifique pour le tourisme de la part des deux paliers de gouvernement?
  • Quelles seront les opportunités potentielles dans cette après-crise pour mon entreprise et pour le Québec comme destination?

Plusieurs observateurs tentent d’y répondre. À votre demande, nous allons travailler à trouver des réponses au meilleur des informations factuelles qui sont disponibles, et ce, au cours des prochains jours.

L’IMAGE DU MARATHON

Les constats et réalités que nous partageons depuis quelques semaines :

  • Les entreprises qui forment le tissu socioéconomique de notre industrie et des régions ont un marathon à courir. C’est un marathon, et non un sprint vers l’été, tout simplement parce que notre industrie mettra plus de temps à revenir à son plein potentiel.
  • Le plein potentiel et la capacité d’accueillir à nouveau un volume d’achalandage suffisant des clientèles, selon les types d’entreprises et les régions, pour leur permettre de revenir dans le cycle de la rentabilité.
  • Pour une période de temps que nous estimons à 18 à 24 mois, les entreprises devront opérer dans le contexte :
    • d’un calendrier de retour progressif de déconfinement, variable d’une région et d’un pays à l’autre;
    • d’un changement dans la provenance de clientèles (marchés et profils) et de la nécessité de regagner leur confiance;
    • d’exploitation devant tenir compte de nouvelles règles d’affaires, comme la distanciation sociale pour plusieurs mois, qui limitera la capacité à générer le plein potentiel de revenus et les nouvelles règles de sécurité sanitaire, qui auront un impact sur les dépenses).

Dans ce contexte, les entreprises reviendront progressivement sur la période au point mort, puis à la rentabilité. On peut aussi penser que plus la valeur immobilière d’un site touristique est importante, plus la situation sur le moyen et le long terme sera critique.

VOS REPRÉSENTANTS EN MODE COLLABORATION AVEC LES GOUVERNEMENTS

Nos gouvernements ont été à l’écoute la semaine dernière et nous devons, au nom de tous, les en remercier sincèrement. Plusieurs ministres provinciaux et fédéraux ont indiqué que certaines industries, dont celles du tourisme et de la culture, devraient bénéficier d’un plan spécifique de soutien pour leurs entreprises. Dans le cas du tourisme, les mots-clés sont la hauteur du soutien et sa durée dans le temps.

Sachez que l’impact que cette crise a, et pourrait avoir sur l’économie du Québec a très bien été illustré par vos représentantsLes enjeux sont importants si Christiane, Jean-Pierre, Geneviève, Jean, Émilie, Alain, Janine, Jean-Michel, Yanick, Ghislaine, Yan, Audrey, Hugues, Michelle, Nic, Diane, Éric, Gerry, Nathalie, Denis et tous les autres qui constituent le tissu socioéconomique de notre secteur ne parvenaient pas à courir le marathon de leur vie jusqu’au fil d’arrivée. Il en va des 16 milliards de recettes touristiques et des 400 000 emplois qui faisaient que nous avions « le vent dans les voiles » avant que cette tempête ne s’abatte sur le monde.

Notre ministre du Tourisme, Caroline Proulxvous a acheminé un message à cet égard, vendredi dernier. Les plans de soutien et de relance prennent du temps et du doigté à articuler, et ce, à travers la gestion de la crise sanitaire et celle des autres secteurs économiques.

Nous savons que plus les jours avanceront, plus l’impatience s’installera. Nous le comprenons et nous vous invitons, tout comme nous, à garder confiance.