Chaque trimestre, depuis l’automne 2022, l’Alliance demande à Statistique Canada une compilation spéciale des résultats de son Enquête canadienne sur la situation des entreprises.
Ces données lui permettent d’analyser régulièrement les attentes, les enjeux, la situation financière et la confiance des entreprises touristiques. L’Alliance publie cette analyse sur son site Internet à chaque trimestre dans une publication intitulée Situation des entreprises touristiques du Québec.
Cette édition de l’Escale économique brosse un portrait de cette capacité d’analyse et présente un échantillon des constats issus de sa plus récente analyse, publiée sur le site Internet de l’Alliance.
Enquête canadienne sur la situation des entreprises (ECSE)1
Chaque trimestre, depuis le début de la pandémie de COVID-19, Statistique Canada recueille auprès des entrepreneurs canadiens des renseignements sur les attentes, les conditions des entreprises et les enjeux émergents.
L’ECSE est une enquête transversale par échantillon pour laquelle Statistique Canada utilise un échantillon aléatoire stratifié d’établissements commerciaux, selon la zone géographique, le secteur industriel et la taille. L’ECSE est administrée en ligne. Les données sont obtenues directement auprès des répondants et la participation est volontaire.
Dans le cadre de l’ECSE du 4e trimestre 2025 (la plus récente), Statistique Canada a sondé 9 129 entreprises de partout au Canada dans tous les secteurs économiques entre le 1er octobre et le 5 novembre 2025.
Situation des entreprises touristiques du Québec (SETQ)2
Pour réaliser sa publication SETQ, l’Alliance demande à Statistique Canada une compilation spéciale des résultats trimestriels de l’ECSE afin d’obtenir des données sur le secteur et les sous-secteurs touristiques québécois et canadiens.
La compilation spéciale de l’ECSE du 4e trimestre 2025 repose sur les réponses de 1 624 entreprises touristiques canadiennes dont 245 à l’échelle du Québec.
Puisque ces données sont des estimations sujettes à des erreurs d’échantillonnage, Statistique Canada accompagne chacune d’entre elles d’une erreur type afin de l’exprimer. L’Alliance tient compte des erreurs types dans son analyse des données.3
Échantillon des plus récents constats
Les données de l’ECSE sont extrêmement riches et permettent d’analyser la situation des entreprises touristiques du Québec et du Canada sous plusieurs angles.
Nous présentons, ci-dessous, un échantillon des constats qu’il est possible de réaliser à partir de ces données, à propos notamment des attentes à l’égard de la demande, des principaux enjeux qui pourraient constituer un obstacle, de la capacité des entreprises à s’endetter davantage et des perspectives au cours des douze prochains mois.
Attentes des entreprises touristiques
Les entreprises touristiques québécoises s’attendent à peu de changements au cours des trois prochains mois à l’égard de la demande, des prix, des revenus, des dépenses, des investissements, de la rentabilité, du nombre d’employés et des postes vacants. En effet, plus de la moitié des entreprises touristiques (entre 54 % et 75 %) ont déclaré au 4e trimestre que ces variables devraient « rester à peu près les mêmes » au cours des trois prochains mois.
Ce constat est cohérent avec les perspectives économiques à court terme. Après une contraction de 2,9 % (taux annualisé) au 2e trimestre de 2025, l’économie québécoise a renoué avec la croissance au 3e trimestre (+ 1,0 %) et se dirigeait vers une croissance atone au 4e trimestre.4
Bien que plus de la moitié des entreprises touristiques (57 %) s’attendaient au 4e trimestre de 2025 à ce que la demande pour leurs produits et services reste à peu près la même au cours des 3 prochains mois, la part d’entre elles qui s’attendaient à une diminution a augmenté significativement de 11 % au 3e trimestre à 27 % au 4e trimestre.
Cette détérioration provient principalement du sous-secteur de la Restauration où la part des entreprises qui s’attendaient à une diminution est passée de 7 % à 31 % au cours de cette période. Ces résultats font écho aux propos récents de l’Association Restauration Québec5 et du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie6 qui constatent que les Québécois et Canadiens vont moins souvent au restaurant et surveillent davantage leur budget alimentaire.
Enjeux des entreprises touristiques
Les entreprises touristiques anticipaient, au 4e trimestre, une intensification des principaux enjeux affectant le secteur touristique au cours des trois prochains mois : une part plus importante d’entre elles déclarent que ces enjeux, soient les cinq principaux, pourraient constituer un obstacle à leurs activités.
Les enjeux de l’inflation et du recrutement et maintien en poste d’employés qualifiés sont demeurés à la 1ère et 2e position des enjeux partagés par le plus grand nombre d’entreprises touristiques entre le 3e et 4e trimestre de 2025. L’enjeu du coût des intrants est passé de la 4e position à la 3e position. Celui de la pénurie de main-d’œuvre a bondi de la 13e à la 4e position. À cet égard, rappelons que c’est au Québec que le taux de chômage le plus bas parmi les provinces a été observé en décembre 2025 (5,4 % vs 6,8 % au Canada). Enfin, l’enjeu de la capacité à attirer de nouveaux clients ou à maintenir la clientèle actuelle est demeuré en 5e position.
Santé financière des entreprises touristiques
Sur la base de la capacité à s’endetter davantage et des liquidités disponibles, la santé financière des entreprises touristiques n’a pas changé significativement au cours du dernier trimestre.
Notons, toutefois, que la capacité des entreprises touristiques à s’endetter davantage s’est améliorée au cours de l’année 2025. Alors que 41 % des entreprises déclaraient qu’elles ne pouvaient s’endetter davantage au 2e trimestre de 2025, seuls 25 % d’entre elles étaient dans cette situation au 4e trimestre. Il s’agit d’une part semblable à celle observée dans l’ensemble de l’économie, soit 17 % (un écart qui n’est pas statistiquement significatif).
Soulignons également que les raisons évoquées par les entreprises pour expliquer leur incapacité à s’endetter davantage ont évolué au cours de l’année 2025. Alors que les taux d’intérêt et les modalités défavorables étaient les principales raisons avancées au 2e trimestre, l’incertitude à l’égard des ventes était la principale au 4e trimestre.
Confiance des entrepreneurs touristiques
Le niveau d’optimisme des entrepreneurs touristiques du Québec (68 %) s’est légèrement détérioré par rapport au trimestre précédent (77 %), bien que l’écart ne soit pas statistiquement significatif.
Notons enfin que le quart des entrepreneurs touristiques du Québec (25 %) ont déclaré qu’ils ne savaient pas ce que l’avenir leur réservait en 2026 (c.-à-d. la proportion ayant répondu « inconnues »). Il s’agit d’une part très élevée puisqu’il faut remonter au 1er trimestre de 2023, à la sortie de la pandémie, pour observer un pourcentage aussi élevé (21 %).
Somme toute
L’Alliance suit de près l’évolution de la situation des entreprises touristiques du Québec. En ce début d’année, alors que l’incertitude demeure élevée et qu’une proportion croissante d’entre elles s’attendent à une diminution de la demande, les enjeux liés à la main-d’œuvre et à l’inflation demeurent au cœur des préoccupations. Dans ce contexte, le suivi rigoureux des indicateurs économiques et sectoriels demeure essentiel afin de mieux comprendre les perspectives à court terme et d’éclairer les décisions des entreprises et des acteurs du milieu.
Jean Laneville
Directeur et économiste, Centre d’intelligence d’affaires en tourisme
[1] Statistique Canada, Enquête canadienne sur la situation des entreprises
[2] Alliance de l’industrie touristique du Québec, Situation des entreprises touristiques du Québec
[3] Par exemple, la proportion d’établissements de la population cible qui répondraient OUI à une question donnée est estimée à 50 %, avec une erreur type de 4 %. Si l’échantillonnage était répété, l’estimation devrait se situer entre 46 % et 54 %, 19 fois sur 20.
[4] Institut de la statistique du Québec, Comptes économiques du Québec – Trimestriels
[5] Journal de Montréal (10 janvier 2026), Fermeture en série : l’industrie de la restauration confrontée à l’inflation
[6] TVA Nouvelles (3 janvier 2026), « C’est énorme » : 4000 restaurants canadiens pourraient disparaître en 2026



