En 2024, les visiteurs internationaux ont dépensé plus de 4,4 G$ au Québec. À l’instar des exportations internationales de biens et services, ces dépenses constituent une importante source d’entrée de devises étrangères.[1]
Ainsi, le tourisme s’avère être un secteur d’exportation important : il se placerait en 4e position des principaux secteurs d’exportation du Québec sur la base des entrées de devises étrangères.[2]
À la différence des autres principaux secteurs d’exportation (c.-à-d. l’aérospatiale, l’aluminium, l’extraction de minerai de fer et les raffineries de pétrole), le secteur touristique s’avère plus riche et varié en termes de production, d’emplois, d’entreprises, de présence dans toutes les régions du Québec et de retombées culturelles et sociales.
Intuitivement, les exportations touristiques devraient être un levier de développement économique plus puissant que les exportations des autres principaux secteurs.
Pour en avoir l’heure juste, le Centre d’intelligence d’affaires en tourisme (CIAT) de l’Alliance de l’industrie touristique du Québec (Alliance) a confié à Aviseo Conseil le mandat de comparer l’impact économique des dépenses des touristes internationaux avec celui des principaux secteurs d’exportation du Québec.
Cette édition de l’Escale économique présente les principaux faits saillants de cette analyse.[3]
Le secteur touristique parmi les cinq principaux secteurs d’exportation
Les touristes internationaux ont dépensé 4,4 G$ au Québec en 2024. Ce montant place le secteur touristique parmi les cinq principaux secteurs d’exportation du Québec, derrière l’aérospatiale, l’aluminium et l’extraction de minerai de fer, mais devant le raffinage de pétrole.
Le tableau 1 compare la valeur et la part relative des exportations, du PIB, des emplois et du nombre d’entreprises des cinq principaux secteurs d’exportation du Québec. Bien qu’il se situe en 4e position sur la base de la valeur des exportations, le secteur touristique est, des cinq principaux secteurs d’exportation, celui dont la taille économique est la plus importante en termes de PIB, d’emplois et d’entreprises. De ce fait, les industries relatives au tourisme sont responsables de 4,3 % du PIB, 9,4 % des emplois et 9 % des entreprises du Québec.
L’effet d’entraînement des exportations du secteur touristique auprès des fournisseurs locaux
Étant donné que les entreprises qui produisent des biens et services aux touristes internationaux importent relativement peu comparativement aux autres principaux secteurs d’exportation, les exportations du secteur touristique sont celles qui génèrent le plus de retombées économiques auprès des fournisseurs locaux, par exemple les produits agroalimentaires du Québec.
L’analyse des taux d’importation des principaux secteurs d’exportation démontre que les entreprises touristiques effectuent seulement 17 % de leurs dépenses hors du Québec. Ce taux varie entre 58 % et 97 % dans les autres principaux secteurs d’exportation.
Ainsi, pour chaque dollar dépensé par les touristes internationaux, les entreprises touristiques qui leur fournissent les biens et services versent en moyenne 0,83 $ dans l’économie québécoise. L’impact de chaque dollar d’exportation est nettement moins important dans les autres principaux secteurs d’exportation du Québec.
Les retombées économiques directes et indirectes des exportations du secteur touristique[8]
Afin de comparer les retombées économiques directes et indirectes des exportations du secteur touristique par rapport à celles des autres principaux secteurs d’exportation du Québec, Aviseo Conseil a estimé l’impact d’un choc de dépenses équivalent aux dépenses des touristes internationaux enregistrées en 2024, soit un choc de 4,4 G$, sur les principaux secteurs d’exportation que sont l’aérospatiale, l’aluminium, l’extraction de minerai de fer et les raffineries de pétrole.
Lorsqu’on considère à la fois les retombées économiques directes et indirectes, le secteur touristique se positionne au 3e rang des principaux secteurs d’exportation qui génèrent le plus de retombées.
Ainsi, les retombées économiques des exportations du secteur touristique se démarquent par leur forte contribution découlant des effets indirects, qui correspondent aux retombées économiques des fournisseurs stimulés par les dépenses des touristes internationaux. En fait, la valeur ajoutée indirecte générée par le tourisme est jusqu’à 22,4 fois plus importante que celles des autres principaux secteurs d’exportation.
Conséquemment, le tourisme s’avère être, parmi les principaux secteurs d’exportation du Québec, le meilleur levier de développement économique régional.
Les retombées fiscales des exportations du secteur touristique
Les revenus fiscaux et de parafiscalité découlant des dépenses touristiques des visiteurs internationaux sont significativement supérieurs – jusqu’ à 32,6 fois supérieurs – que ceux des autres principaux secteurs d’exportation du Québec.
Précisons que les revenus fiscaux correspondent essentiellement à l’impôt sur le revenu des particuliers, aux taxes de vente, aux taxes et droits d’accise et aux taxes spécifiques (p. ex. taxe sur l’hébergement ou le tabac) et que la parafiscalité désigne l’ensemble des prélèvements obligatoires qui sont destinés à financer directement un organisme ou un service public (p. ex. CSST, RQAP, RRQ et AE).
Il est ainsi estimé que les 4,4 G$ de dépenses touristiques des visiteurs internationaux en 2024 ont permis aux gouvernements du Québec et du Canada de percevoir des revenus de 745 M$ et de 293 M$, respectivement. L’apport des exportations du secteur touristique aux coffres de l’État est de loin supérieur à celui des autres secteurs d’exportation.
Somme toute
Le secteur touristique est le quatrième secteur exportateur du Québec.
Qui plus est, parmi les principaux secteurs d’exportation du Québec, le secteur touristique est celui dont les exportations :
- Génèrent le plus de retombées économiques auprès des fournisseurs locaux;
- S’avèrent le meilleur levier de développement économique régional;
- Contribuent le plus aux coffres de l’État.
Nous jugeons que ce levier de développement est présentement sous-exploité, particulièrement dans le contexte de guerre commerciale avec les États-Unis. Le secteur touristique exporte beaucoup, est en croissance et n’est pas menacé par des droits de douane.
Souhaitons que cette démonstration chiffrée de l’impact supérieur des exportations touristiques sur le développement économique du Québec pourra alimenter la réflexion des gouvernements.
Jean Laneville
Directeur et économiste, centre d’intelligence d’affaires en tourisme
[1] Ministère du Tourisme du Québec, Performance du Québec en 2024
[2] Innovation, Sciences et Développement économique Canada, Données sur le commerce en direct – Recherche par industrie
[3] Aviseo Conseil, Napperon de deux pages sur l’effet levier des exportations touristiques par rapport aux principaux secteurs d’exportation du Québec, janvier 2026
[4] Innovation, Sciences et Développement économique Canada, Données sur le commerce en direct – Recherche par industrie
[5] Statistique Canada. Tableau 36-10-0711-01 Produit intérieur brut (PIB) aux prix de base, par industries, provinces et territoires
[6] Statistique Canada. Tableau 14-10-0202-01 Emploi selon l’industrie, données annuelles
[7] Statistique Canada. Tableau 33-10-0764-01 Nombre d’entreprises canadiennes, avec employés, décembre 2024
[8] L’étude ne couvre pas les retombées induites, tel que prescrit par le MTO et l’ISQ.



